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Le christianisme et ses héritages dans la société et dans les textes
Centre Ecritures (EA 3943)

 

Ce programme a pour vocation de susciter des travaux dans une perspective de recherche interdisciplinaire entre théologie, philosophie et littérature (lettres classiques et modernes, littérature générale et comparée). La méthode adoptée est de type historique, l'accent étant mis sur l’interprétation des textes relevant de la tradition théologique, philosophique et littéraire occidentale. Il comporte des membres relevant des 8e, 9e, 10e, 17e et 76e sections du CNU. Quels sens et quels enjeux pour les héritages du christianisme ? Ces héritages sont à la fois des héritages de textes, de figures et de concepts. Le programme de recherche consistera à la fois à établir les termes de ces héritages et à en montrer la fécondité en le mettant à l’épreuve aussi bien face à des corpus de textes que face aux problèmes du monde contemporain. Comment les textes chrétiens demeurent-ils des matrices d’écriture aujourd’hui ? Comment les concepts chrétiens innervent-ils toujours notre manière de penser le monde et la destinée humaine ? Le programme de recherche se déclinera dans les années à venir selon les trois orientations correspondant aux grands points développés ci-dessous.
La mise en œuvre de ces trois orientations se fera par le biais de trois types d’opérations susceptibles de se conjuguer : des journées d’étude et des séminaires, des colloques et des travaux d’édition et de traduction de textes. En particulier, le programme comporte un séminaire interdisciplinaire dont le thème est choisi pour deux ans et qui peut s’appuyer, selon la thématique, sur une journée d’étude complémentaire ou déboucher sur un colloque de synthèse. D’autres opérations, comme les colloques internationaux, présentent une forte dimension internationale et une ambition disciplinaire très marquée. On vise ainsi à cultiver les avantages à la fois de la rencontre entre disciplines et de la spécialisation qui reste nécessaire.

Coordonnateurs : Bernard Bourdin (PR 76), Laurent Husson (MCF 17).
Mots-clefs : religion – société – herméneutique – spiritualité – culture.
Principaux membres titulaires impliqués : Sylvie Barnay (MCF 76), Bernard Bourdin (PR 76), Nicolas Brucker (MCF 09), Elena di Pede (MCF 76), Patrick Dondelinger (MCF 76), Jacques Fantino (PR 76), Fabien Faul (MCF 76), Pierre Halen (PR 10), Laurent Husson (MCF 17), Guillaume Seydoux (MCF 17), Jean-Sébastien Rey (MCF 76).
Associés : Raymond Baustert (PR 09 Luxembourg émérite), Pierre-Marie Beaude (PR 76 émérite), Valérie Chevassus (PRCE docteur 12), Jean Ehret (Sacred Heart / Luxembourg), Evelyne Frank (PRCE HDR 76/09), Yves Ledure (PR 76 émérite).
Collaborations régulières :
- Faculté de théologie et sciences religieuses de l’Université Laval, Groupe d’études et de recherche en esthétique et théologie (GERET) de l’Université Laval, Québec. Participations croisées aux colloques initiés par Laval ou par le centre Écritures (correspondant : François Nault).
- Centre d’études du Saulchoir, Paris (correspondant : David Tiaha-Leduc).
- Groupe de recherche sur la Septante, E.A. 4378, Strasbourg.

1. Préhistoire et début du christianisme. Les textes et leurs interprétations dans la société de l'époque

a) Études de textes, traduction, édition

Cette première ligne du programme de recherche sera consacrée à l’étude des textes du judaïsme de l’époque hellénistique et du début de l’époque romaine (de 200 av. J-C à 100 apr. J-C), avec une attention plus particulière pour la littérature de sagesse. Elle prévoit la publication d’une édition critique du texte hébreu du livre biblique de Ben Sira (publication prévue en 2017, chez Peeters, Leuven) et une collaboration au travail collectif de traduction des manuscrits de la mer Morte dans le cadre de la Bibliothèque de Qumrân (aux éditions du Cerf), deux volumes étant déjà publiés.
Ce travail de publication s’organise à partir de deux séminaires mensuels de recherche :
- Édition, traduction et commentaire du livre du Siracide - Rencontre mensuelle avec les chercheurs du GRS (Groupe de recherche sur la Septante, Strasbourg).
- Édition, traduction et notes de textes qumraniens - Rencontre mensuelle avec des étudiants de master. L’objet est de faire participer les étudiants à l’ensemble de la procédure du travail d’édition, depuis la lecture des fragments à partir des photographies jusqu’à la traduction et l’annotation.
Le projet s’articule également avec le programme Aliento (www.aliento.eu), mené par l’équipe Romania (E.A. 3465, Nancy II) : numérisation, balisage et intégration du texte hébreu de Ben Sira à la base de données Aliento.

b) Colloques internationaux

Le projet se concrétisera également par l’organisation de colloques internationaux :

- Seventh International Symposium on the Hebrew of the Dead Sea Scrolls et Ben Sira (2014), en collaboration avec le GRS à Strasbourg, EA 4378. Les manuscrits de la mer Morte offrent aux chercheurs une littérature nouvelle qui vient combler une lacune entre la fin de la Bible hébraïque et les textes de la Mishnah. Outre l’intérêt de ces textes pour l’histoire du judaïsme, ils présentent également un intérêt linguistique. Ils permettent de mieux percevoir l’histoire et l’évolution de la langue hébraïque à l’époque hellénistique. Une série de colloques internationaux à l’initiative de Talamitsu Muraoka, en collaboration avec Elisha Qimron, a été consacrée à ce sujet : à Leyde en 1995 et 1997, à Beer-Sheva en 1999, à Strasbourg en 2006, à Jérusalem en 2008 et à Louvain en 2011.

- Third International Congress on Qumran Studies at Metz : The Sapiential Literature of the Hellenistic Period and the New Testament (2015). Les manuscrits de la mer Morte, outre une documentation catégorisée comme « sectaire », présentent une série de textes « non-sectaires » qui appartiennent au genre littéraire des écrits de sagesse. Cette documentation nouvelle offre aux chercheurs la possibilité de se faire une meilleure idée du courant sapientiel à l’époque hellénistique, et en particulier de son influence sur la constitution du Nouveau Testament qui présente la figure de Jésus à la fois comme sage et comme prophète. Ce colloque permettra d’approfondir notre connaissance de ce corpus encore peu étudié et de montrer son articulation avec certains textes du Nouveau Testament.

2. Les catégories bibliques et chrétiennes pour penser les mutations de la société

a) Séminaire Attentes messianiques

Le séminaire commun aux chercheurs du programme de recherche sera consacré en 2011-2013 aux Attentes messianiques. Il est associé à une journée d’étude sur le même thème, organisée le 2 décembre 2011.
Cette recherche s’inscrit dans le projet inter-universitaire L'attente, organisé conjointement par les universités d’Angers (3L.AM, EA 4335), de Strasbourg (CHER, EA 4376) et de Metz ( Écritures, EA 3943), projet qui a déjà donné lieu à un premier colloque sur Les récits d’enfermement et de prison (Angers, juin 2008) et à deux journées d’étude, l’une sur les Écritures de l’attente (Angers, 2009) et l'autre sur Les espaces de l’attente (Strasbourg, juin 2011). Ces premières manifestations ont mis en lumière les liens entre mémoire, attente et discours utopique.
Elles croisent la thématique des figures messianiques de l’attente, que le séminaire et la journée d’étude se proposent d’examiner. Le séminaire se situera plutôt dans une perspective religieuse. Toutefois, si les figures messianiques se rattachent d’abord à une problématique religieuse, elles ont aussi suscité de nombreuses approches qui débordent le seul champ théologique. Les figures des attentes messianiques juives ont ainsi été réinvesties, problématisées à nouveau, dans les champs théologiques, littéraires, philosophiques et politiques. La journée d’étude interrogera la manière dont ces figures du messianisme sont revisitées, transformées, voire dévoyées par les différents discours qui l’investissent et dont elles réarticulent mémoire, attente et utopie. Cette orientation rencontre à sa manière les thématiques du P/R 5.
L’essentiel de ces travaux sera publié dans la collection du centre Théologies et cultures.

b) Exode et exil : représentations et relectures textuelles

Cette thématique sera traitée à la suite de la précédente et, comme elle, d’abord sous la forme d’un séminaire de deux ans (2013-2015).
Dans un monde où les migrations provoquent des postures identitaires défensives, que peuvent signifier aujourd’hui les termes d’exode et d’exil, qui tirent leur valeur évocatrice des textes bibliques ? L’exode et l’exil, ce sont d’abord, dans le vécu de la migration, l’opposition du voyage vers la terre promise et l’éloignement de celle-ci. L’exode est acte fondateur, sans espoir de retour ; l’exil est au contraire le signe d’une déchirure jamais refermée, où l’oubli se paie de l’impensable qui peut toujours revenir, dès lors que le rapport à l’origine demeure maintenu et que le présent se refuse à la fondation. Là où l’exode est source de progrès, ouverture d’un avenir, l’exil est, quant à lui, rattachement négatif à un passé perdu.
Mais, au-delà de l’opposition entre ces deux termes, qui peuvent donc affecter d’un sens différent la migration, n’y a-t-il pas une dialectique, constitutive du mouvement même de l’existence qui se joue et dont l’enjeu est la transformation possible de l’exil en exode, puis en nouvelle fondation ? Cependant, aujourd’hui, cette dialectique n’est-elle pas entravée par la finitude même de la terre, qui ne rend peut-être possible que l’exil, sans jamais permettre à l’exode d’être une promesse ? Ce sont les différentes formes de l’existence singulière et collective qu’il est nécessaire d’interroger pour mettre au jour tout un ensemble de problèmes relatifs à l’exil et à l’exode.
Ces questions s’étudient, certes, dans les champs de l’histoire, de la géographie, de la démographie, de la sociologie. Mais un exil, un exode s’instituent, se disent ou se taisent, donnent lieu à des processus de symbolisation au sein du langage et ces symbolisations forment aussi des œuvres de culture. C’est au travers de celles-ci que nous espérons pouvoir, selon la tradition interdisciplinaire du laboratoire, éclairer l’exil et l’exode par les ressources de la théologie, de la philosophie et de la littérature.

c) L'absolutisme monarchique au lendemain des guerres de Religion

Un séminaire de recherche consacré à ce thème, conduit par Bernard Bourdin, préparera, en 2011-2013, la traduction et l’édition chez Champion du De jure regni potestate de William Barclay (Paris, 1600). Cette recherche aboutira également à un colloque international. Les réformes religieuses du XVIe siècle ont généré une rupture de l'unité politico-religieuse au sein de la chrétienté médiévale. Cette rupture repose sur deux conceptions de la médiation ecclésiale : la conception catholique, qui défend une conception visible de l’ Ecclesia medievale, renforcée au concile de Trente ; la conception des divers protestantismes qui mettent l'accent sur le caractère d’abord invisible de l’Église. Cette rupture est notamment avérée en France et en Angleterre, où les guerres civiles de religion pour la première, les deux schismes pour la seconde, ont entraîné une période de profonde instabilité, au terme de laquelle l’« absolutisme » monarchique est apparu comme une solution adéquate pour le gouvernement de la société. C'est à la lumière de ce contexte historique qu'il faut comprendre l'élaboration juridique du traité de William Barclay, juriste écossais, professeur de droit à la faculté de Pont-à-Mousson au début du XVIIe siècle.

d) Débats de société et parole publique

Un colloque international franco-italien sur Espace démocratique : parole publique d’Église, approche comparative France-Italie, prévu pour le début 2013, sera organisé conjointement par le centre Écritures, l’EPHE, le Centre d’études du Saulchoir (Paris) et l’Université de Turin. Dir. : Bernard Bourdin, Philippe Portier et Franco Garelli.
Les sociétés démocratiques européennes sont marquées par une très forte pluralité des discours concernant les « débats de sociétés », que ce soit dans le champ des questions sociales ou des questions concernant la famille et la bioéthique. C'est dans ce contexte que les Églises sont sollicitées pour intervenir publiquement selon leurs conceptions anthropologiques. Mais on ne saurait s'en tenir à une approche générale du rapport entre « Église » et « espace démocratique ». Les sociétés européennes ont toutes une histoire spécifique dans leur relation au catholicisme, qui se traduit par des régimes juridiques hétérogènes les uns par rapport aux autres. S'agissant de la France et de l'Italie, ces deux pays sont marqués, l'un par un régime de séparation de l'Église et de l'État, l'autre par un régime concordataire. En raison de ces deux régimes juridiques, l'Église catholique recourt à une parole publique aux modalités d'intervention assez différentes. C'est la raison pour laquelle ce colloque s'est donné pour projet de procéder à l'examen comparatif de ces deux situations spécifiques, tant sous l'angle du droit civil et canonique que de l'ecclésiologie, de l'histoire religieuse et de la sociologie du catholicisme.

3. Penser le changement : croissance et métamorphoses

Cette orientation du programme sera consacrée à la notion de métamorphose dans une perspective interdisciplinaire. Elle se développera sur deux ans dans le cadre d’un séminaire mensuel prévu en 2015-2017 : Croissance et métamorphose : enjeux philosophiques, théologiques, anthropologiques et littéraires.
La réflexion menée par P.-M. Beaude sur le cas spécifique de la pensée et de l’œuvre de saint Paul ( Saint Paul. L’œuvre de métamorphose, Paris, Cerf, 2011) a récemment contribué à renouveler l’approche de la pensée du changement. Par une esthétique originale, déclinant les figures du corps, Paul exprime ce qui par nature échappe et à la pensée et à l’expression : la transformation du sujet en un autre radicalement autre. Ce passage à la limite est porté par un moi historicisé qui, au point d’articulation du temps mythique et du temps individuel, signifie une croissance inexorable. Celle-ci est à envisager non comme un phénomène continu, cyclique ou répétitif, mais comme une série de sauts ou de ruptures. La rupture d’un équilibre impliquant une désorganisation partielle, locale ou générale, serait alors suivie d’une réorganisation en une réalité nouvelle. Le miracle peut ainsi être envisagé comme la manifestation d’une rupture avec un ordre, dès lors discrédité, et la revendication d’un ordre nouveau qui, intériorisé par le sujet, se traduit par une conversion et par un processus de croissance spirituelle.
Cette réflexion, qui conduira à une publication dans la collection Théologies et cultures, fait écho à un séminaire sur Rencontre de l’autre (2008-2010). Elle sera conduite dans une perspective interdisciplinaire, conjuguant les champs suivants : philosophie, anthropologie, théologie et littérature. Elle pourra bénéficier des travaux menés par ailleurs dans le P/5 au sujet des processus de ruptures et de mémorialisation des ruptures historiques.

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